lundi 13 mars 2017

Les socialistes et En Marche : un dégoût de celui d'où naît la résistance (*)


"Lorsque les socialistes quittent le PS pour rallier la candidature de Macron, ils soutiennent un projet de droite, au prétexte qu'il est le seul à pouvoir vaincre le FN. Ce n’est pas seulement le libéralisme qui triomphe, c’est Marine Le Pen elle-même."

" Bertrand Delanoë ce mercredi matin sur France Inter, alors qu’un auditeur lui exprime sa déception après l'annonce de son ralliement à Emmanuel Macron :  «Je comprends qu’il puisse y avoir un malaise.» Non monsieur, ce n’est pas un malaise. C’est du dégoût.
À la vue de ces «socialistes», à qui l’on a fait confiance tant de fois, fuyant lâchement vers celui qui leur promet une victoire possible, quoique très hypothétique, j’éprouve le même dégoût que face à François Fillon dimanche haranguant la foule de la manif pour tous sous la pluie du Trocadéro.
Lâcheté d’un côté, obstination de l’autre, partout le même aveuglement, partout le sentiment d’assister à une tragédie trop vite écrite.
En entendant Bertrand Delanoë ce matin, j’ai pensé : Marine Le Pen a déjà gagné. Cessons d’en faire une menace comme les adolescents se font peur en regardant des films d’horreur. Ça n’est plus une menace, c’est le réel qui est le nôtre, chaque jour un peu plus.
Elle a gagné car le discours qu’elle porte a contaminé l’ensemble de la vie politique française. Elle a gagné car le seul candidat dont on nous assure aujourd’hui qu’il pourrait la battre nous explique que la gauche et la droite ne valent plus rien, qu’il faut «enjamber» les partis.
Lorsque les socialistes quittent le PS pour rejoindre En Marche, ils soutiennent un projet de droite (qui ne dit pas tout à fait son nom), au prétexte qu’il est le seul à pouvoir vaincre le FN. Ce n’est pas seulement le libéralisme qui triomphe, c’est Marine Le Pen elle-même, qui est donc à l’origine de tout ce qui se passe dans cette campagne.
Si l’on prend dès aujourd’hui conscience de ce triomphe, il n’y a qu’une chose à faire: résister. Personne n’a jamais résisté en fuyant, en faisant preuve de lâcheté, en décidant de suivre celui qui peut gagner pour la seule raison qu’il puisse gagner. On ne peut résister qu’en acceptant d’être en minorité, qu’en renforçant ses convictions les plus profondes qu’en forçant le trait, au lieu de le gommer.
Messieurs les socialistes, vous qui rejoignez Emmanuel Macron et vous qui allez le rejoindre, vous gommez toutes les convictions de gauche que votre parti, que notre pays, ont mis des siècles à fonder, vous reniez la justice sociale, le sens de la loyauté. Vous bradez la fidélité sur l’autel de la majorité. Si les temps n’étaient pas si graves, je dirais que c’est un crime électoral : vous salissez nos votes. Pourtant, je voterai PS en avril, je soutiendrai celui qui a encore le courage de se dire socialiste, et qui ne compte pas seulement sur notre peur de Le Pen pour être élu. Au premier tour en tout cas, je refuse de voter en tremblant pour le candidat en tête des sondages.
Non Monsieur Delanoë, ce n’est pas un malaise, c’est du dégoût de celui d’où naît parfois la résistance. "


(*) Tribune publiée dans Libération par Léa Veinstein philosophe et documentariste

jeudi 26 janvier 2017

Une nouvelle espèce de politiciens : les Macronlistes


Emmanuel Macron et Gérard Collomb

Avant même le second tour des primaires citoyennes, les grandes manœuvres battent leur plein au sein même du Parti Socialiste.
Suite au départ de François Mitterrand, les différents congrès du PS n'ont jamais su arbitrer, ni réconcilier les deux ailes du parti, avec d'un côté une gauche socialiste et de l'autre un centre-gauche réformateur. La notion de motion majoritaire, sorte de deal entre éléphants du PS, avait permis de sauver les apparences. François Hollande, pourtant homme d'appareil roublard et avisé (il a été premier secrétaire pendant près de onze années !), n'a su maintenir la cohésion au sein du PS pendant son quinquennat, ni même trancher, si ce n'est qu'en contribuant à placer Emmanuel Macron en orbite.

Malgré un calendrier réduit taillé sur mesure pour le président sortant, ces primaires se sont déroulées au mieux avec une bonne organisation certes perfectible et des débats d'un bon niveau et dans une atmosphère de respect mutuel.
Pour ce second tour opposant Manuel Valls à Benoît Hamon, on retrouve le clivage interne du parti, ce qui est somme toute normal.
Sans préjugé du résultats de dimanche prochain, le PS élargi à ses plus proches alliés aura un candidat officiel, celui issu de ces primaires.


Hélas, certains s'activent déjà en sous-main prêts à refuser le verdict populaire pour aller rejoindre et soutenir Emmanuel Macron comme si on pouvait s'inscrire dans le principe de ces primaires le dimanche matin et le rejeter le dimanche soir.


D'autres ont allègrement franchi le pas, comme Gérard Collomb, le maire de Lyon et de nombreux cadres de la Fédération du Rhône, y compris le premier fédéral chargé théoriquement de l'organisation de ces primaires. L'exemple de Lyon est le plus connu mais la presse cite déjà des noms de figures du PS qui préparent leur reconversion au bougisme macroniste.


Je suis choqué par l'attitude des macronlistes, ces politiciens qui ont pu faire leur trou grâce à l'appareil militant et aux sympathisants socialistes et qui quand le ciel s'assombrit renient leur propre parti pour tenter de sauver les meubles auprès d'Emmanuel Macron, un candidat ni de droite, ni de gauche et sans programme.


Cette négation du vote populaire et du soutien passé et présent du parti est scandaleuse car elle nourrit encore une fois l'idée que les élus ne tiendraient leur légitimité que d'eux-même et pas d'un collectif militant ou citoyen.


Le macronliste est sans nul doute un des pires vestiges d'une pratique politique obsolète.



mardi 14 juin 2016

Loi travail : la droite sénatoriale enfonce le clou



Comme je l'annonçait dans mon précédent post, c'est avec un plaisir non dissimulé que la droite sénatoriale majoritaire s'empare de la loi dite Travail pour l'assaisonner à la sauce ultralibérale parachevant le travail de sape du pacte social initié par les têtes pensantes du ministère du travail.

Et les sénateurs vont s'y donner à fond avec déjà au menu la suppression des 35 heures ou encore du compte pénibilité. Les sénateurs de droite n'ont bien sûr aucune illusion sur l'issue de propositions mais entendent bien se servir de leur position de force pour affaiblir un peu plus le gouvernement de Manuel Valls et de facto François Hollande. 
Pour sa part, le gouvernement compte sur la potion amère pondue par le Sénat pour faire passer en seconde lecture son texte. Sauf qu'un texte dont certains articles sont fondamentalement et viscéralement inacceptables pour une grande majorité de la Gauche et des syndicats y compris dits réformistes a peu de chance d'être acceptée.
En mai, les spin-doctors de l'exécutif avaient aussi prévus un rapide essoufflement de la mobilisation qui même si elle a bien faibli est toujours présente. Les rodomontades et exhortations de Manuel Valls sont restées vaines et sans effet. Comment celui qui n'a su convaincre le cercle restreint de ses propres députés socialistes pourrait faire plier la rue ?

Ce second round parlementaire risque bien au contraire de remobiliser les adversaires à la loi et pas seulement sur l'article 2, principal point de tension mis en avant, mais aussi mettre en relief certains reculs manifestes contenus dans la loi comme par exemple le rôle de la médecine du travail. Les avancées annoncées sont souvent creuses comme le compte de pénibilité mesure qui est pour l'instant sans substance pèsent finalement peu au regard des reculs actés par la loi. Paradoxalement, ce sera la première (et peut-être seule) fois où le texte sera soumis à un vote démocratique.

Certes la commission paritaire va sans doute contribuer à aplanir certaines aspérités sauf si la droite sénatoriale s'accroche à sa volonté de nuisance et décide d'entamer un bras de fer. C'est sûrement un texte bien difficile à avaler qui devrait donc revenir à l'Assemblée Nationale en seconde lecture. 
Sauf si le gouvernement décide de mettre de l'eau dans son vin et entendre une partie des revendications syndicales, on s'achemine donc vers une nouvelle épreuve de force au parlement avec la forte probabilité de l'usage du 49 ter. Ce qui revient à revenir pour le gouvernement mais aussi pour François Hollande qui s'est largement impliqué dans la loi à la case départ et a encore un peu plus creuser la fossé entre la gouvernance socialiste et sa base électorale.

Un échec qui se paiera sans doute en 2017, une échéance à laquelle on ne pourra opposer cette fois-ci l'outil du 49.3.



lundi 6 juin 2016

Et si François Hollande sacrifiait Valls...



Les mois passent et la situation en terme de popularité de François Hollande ne s'améliore pas si ce n'est qu'elle se dégrade.
Le quinquennat de François Hollande, c'est bien sûr une suite ininterrompue de rendez-vous ratés avec les Français, mais c'est aussi un tournant libéral incarné par la nomination à Matignon de Manuel Valls.

Valls, le mal-aimé de la primaire socialiste devenu zélé serviteur de François Hollande candidat puis président, n'a jamais fait l'unanimité au sein des socialistes qu'ils soient sympathisants, militants ou élus. Les multiples ruptures souvent provoquées par Manuel Valls n'ont cessé de fragiliser le président et de diviser le Parti.

L'attitude de Manuel Valls faite d'intransigeance et d'arrogance n'a cessé de contribuer à diviser, à opposer. Un dirigeant syndicaliste pourtant proche du PS en a dressé le portrait d'un sous-Sarkozy énervé, nul en économie et sourd au dialogue social.

Certains voudraient voir en la loi travail une simple difficulté passagère du quinquennat mais elle est plutôt révélatrice d'une véritable rupture de confiance entre les Français et un premier ministre qui ne parvient plus depuis des mois à convaincre, même au sein de son groupe parlementaire. Si les élus ne suivent pas ou traînent des pieds ce qui est sans nul doute le cas de la majorité d'entre eux, il est illusoire de convaincre le cercle de plus en plus restreint des militants, des sympathisants et des électeurs. 
Si Valls parvient à sortir de l'imbroglio de cette loi travail, les difficultés reviendront plus vite que prévu sur un autre sujet, même anodin, mettant encore en péril un peu plus la majorité socialiste.

La gestion calamiteuse de cette loi travail depuis le début illustre chaque jour un peu plus l'incapacité du premier ministre à dialoguer et à anticiper les problèmes. Dès le début, la présentation d'un texte provocateur en commission a contribué à mobiliser les adversaires au texte. L'utilisation du 49 ter a mis fin prématurément à la discussion parlementaire mais aussi syndicale qui aurait pu faire émerger des positions de compromis, y compris pour le passage en seconde lecture. 
Finalement, il n'y aura que bien peu de compromis pour cette adoption en première lecture ce qui laisse présager une situation encore plus tendue lors du passage en seconde lecture d'un texte lesté des inévitables amendements provocateurs d'un Sénat majoritairement à droite.

Cette gestion des affaires est désastreuse car elle offre l'image d'un président affublé d'un premier ministre crypto-rigide, sourd aux problèmes des français, indifférent aux multiples défaites électorales de la Gauche qui espère être réélu grâce à une hypothétique reprise économique - qui pourrait se faire sans effet sur l'emploi - et à la division de la droite qui le qualifierait face à Marine Le Pen. Pourtant, il exister une alternative à ce pari hasardeux qui ouvrirait de fait un boulevard à une droite revancharde et rétrograde.

Aujourd'hui, on ne voit pas comment François Hollande pourrait mobiliser à Gauche pour être qualifié au second tour sans donner des gages à la gauche de l'échiquier politique et social. Le seul moyen de déverrouiller la situation actuelle consisterait à se séparer de Valls et à entamer un tournant social, plus proche des aspirations sociales du François Hollande du Bourget.

jeudi 10 décembre 2015

Régionales : la carte qui fait peur à la droite

(source : Harris Interactive)

Cette carte explique mieux la panique perceptible à droite et la grande compréhension affichée par Nicolas Sarkozy vis à vis de l'électoral frontiste...